Captif

Les vrais lits sont rares, même dans les châteaux.

Arthur est arrivé quasiment mort au château que lui confère son titre, Château de Fotheringhay où l’a rejoint sa mère, Jeanne de Navarre, Reine d’Angleterre.

Il a été laissé pour mort à la Bataille d’Azincourt, puis capturé sans difficulté et emmené en captivité en Angleterre.

Il avait perdu beaucoup de sang, trop pour survivre. Son corps et ses membres étaient glacés et sans force. Il ne devait sa vie qu’à un miracle et pourtant ce n’était pas la première fois qu’il se vidait de son sang, mais cette fois, inconscient, bloqué sous son destrier, entouré des cadavres de la fine fleur des chevaliers bretons, qu’il avait fait venir, tous fauchés dans la fleur de l’âge, il n’avait pas d’aide, pas celle de Bertrand, son fidèle ami, précepteur, confesseur, son médecin qui l’avait remis sur pieds bien des fois, y compris sur ce navire pirate dont il avait imbibé le pont de son sang. Il n’avait pas non plus eu l’aide de cette créature autant belle qu’étrange dont les pouvoirs auraient pu faire pencher la balance vers la victoire du parti français. Lui et ses amis l’avaient baptisée ensemble Anne comme la grand mère du Christ chère au cœur des bretons et chargée d’une puissance plus ancienne encore. Et la Dame possédait de si puissants pouvoirs qu’elle méritait bien de s’appeler Anne, ou Dana. L’absence de ses amis et de la Dame rendait sa convalescence plus triste, plus longue et son emprisonnement très morne.

Pendant des mois, la chaleur de la vie n’était pas revenue dans son corps, les médecins du roi le considéraient comme mort, mais il respirait encore et bougeait un peu, ce qui les contrariait beaucoup. Sa mère avait obtenu du roi, son mari, la garde de son fils, prisonnier sur l’honneur. Aucun chevalier ou homme d’arme ne voulait dormir avec l’ennemi pour le réchauffer, encore moins avec un futur cadavre déjà glacé. La Reine avait ordonné un roulement des servantes pour réchauffer son fils, elles non plus n’en avaient pas envie, la superstition, la peur de se réveiller avec un mort ne créait pas l’envie. La mère d’Arthur dût sévir au début, privant de nourriture celle qui ne s’acquittait pas de cette corvée. Quand le sang a circulé à nouveau, quand la chaleur a envahit les membres du convalescent, il y avait moins de réticences. Lorsque les vigueurs matinales sont revenues, les filles du château ne voulaient plus manquer leur tour. Quand la rumeur parvient à ses oreilles, Jeanne prit ça d’un air amusé, heureuse que son fils soit vivant pour de vrai. Les médecins du roi, qui avaient la tâche de garder vivant, voyait cette forme d’exercice d’un bon œil.

C’est ainsi que l’habitude fut prise et qu’il y avait très souvent quelqu’un de jour comme de nuit à partager la chambre d’Arthur, allégeant sa captivité.