L’amour du spore

La Dame : Ce coin est étrange, je n’entends aucun son, à part nous et nos montures, pas de pépiement d’oiseau, pas de petite bête qui s’enfuit dans l’herbe ou dans les fourrés.
Arthur : Cette petite région est triste. Il n’a pas les premiers signes de l’imminence du printemps. Pourtant nous sommes plus au Sud que notre royaume de Bretagne, mais je n’aperçois pas de fleur.
Philippe : Heureusement l’herbe pousse drue et bien verte preuve que les premières chaleurs ont eu de l’effet. Nous pourrons nourrir plus facilement nos fiers étalons.
Frederick : Mais pas de gibier pour améliorer notre ordinaire et faire durer nos provisions.
Bertrand : Je n’ai vu que des glands sur notre chemin. Il faut les bouillir trois fois pour les rendre mangeable pour nous. Ils sont là depuis l’automne dernier et aucun n’est creusé par un ver ou n’a été dévoré.
Arthur : Est ce judicieux de dévier notre route plus à l’Ouest pour augmenter nos chances de trouver à manger en bord de mer, ou plus à l’Est pour rejoindre une ville ? Nos provisions tiendront quelques jours, je propose de décider ensemble demain après diner.
Bertrand : Je suis d’accord, nous dévier nous ferait perdre au moins deux jours.

Frederick : Je tirerai quelques flèches sur un arbre en absence de gibier à poils ou à plumes pour conserver ma force.
Philippe : Tant que nos chevaux vont bien et peuvent nous porter loin je suis d’accord.
La Dame : il me reste trois jours avant de devoir manger un petit animal vivant. J’espère que nous aurons quitté cette forêt désolée d’ici là.
Un peu plus tard.
Bertrand : J’ai l’impression que ça sent le champignon, on trouvera peut être des bons spécimens pour faire une belle poêlée ce soir.

Avant que le soir ne tombe, ils s’arrêtent, attachent les chevaux dans une prairie à l’herbe haute et verte.

Frederick : Cherchons de quoi nous restaurer ce soir.

Bertrand : Pour les champignons, le mieux est de m’appeler je vous dirais si je les trouve comestibles. D’habitude le printemps n’est pas propice aux champignons, mais peut être qu’ici l’hiver a été particulièrement doux.

Chacun leur tour ils trouvent un champignon très coloré et de grande taille, rouge à pois blanc, jaune citron.

La Dame : Ici j’en ai trouvé un très gros.

Bertrand accoure.

Bertrand : Il est énorme, son chapeau blanc plus grand qu’un plat à viande, son pied rond à la couleur d’une grenade. Un bolet du diable. Ce champignon nous rendrait malade, nous empêchant de reprendre la route demain. Vu sa taille et son âge présumé, il devrait être véreux, mais là pas de trace de la moindre morsure et son chapeau est resté propre et brillant. Étrange !

Philippe : Aucune petite bête, limace, ou vermine ou petit rongeur n’a mordu dedans, soit parce que ce champignon a grandi très vite, soit parce que aucun animal ne vit par ici.

Frederick : Ce qui peut expliquer l’absence de gibier à poils ou à plume.

Arthur : Si il n’y plus d’animaux d’aucune sorte, est ce parce qu’ils ont tous quitté la région, quoique je vois mal des limaces, des escargots et autres petites bêtes à pattes s’enfuir loin d’ici ; soit ils se cachent tous malgré un printemps bien vert ici ; soit ils ont été tous dévorés. Je ne crains pas le prédateur qui dévore toutes les petites bêtes, mais je serai prudent avec celui qui mange tous les oiseaux, tous les lapins, tous les chevreuils et tous les sangliers.

Elle continue à faire des tours parmi les arbres à la recherche de champignons comestibles. Poussée par son instinct, elle retourne en arrière jusqu’au premier qu’elle a trouvé et la curiosité est la plus forte. Quel goût a ce champignon, ce bolet du diable qui rendrait malades ses camarades ? Elle renifle l’entaille faite par Bertrand, la coupe avait rapidement bleui et dégagé une odeur fétide. Elle voudrait le manger sans qu’il se transforme avec l’air. En ouvrant grand la bouche, elle l’engloutit puis pince les lèvres pour faire l’étanchéité et après elle le croque délicatement. Le goût est spécial mais moins pire que l’odeur comme certains fromages forts.

Bertrand : Restons prudents et tous à la portée de vue les uns des autres. Cherchons un abri pour la nuit. Il y a certainement par ici une bâtisse avec une solide porte. Mangeons nos provisions et rien d’autre.

Ils repartent environ une heure vers le nord.

Le hongre de la Dame est nerveux, il devient rétif à ses ordres. Elle chemine à pieds et la monture est attachée derrière l’étalon de Philippe.

La Dame : Je vais passer devant. Je veillerai à ne pas me faire surprendre par un prédateur affamé de tout animal.

Frederick : J’ai l’impression de voir se refléter loin au Nord-Est derrière la cime des arbres le soleil rougeoyant.

Bertrand : Allons y mais restons prudent

La Dame : Je sens distinctement une odeur de champignon, pas comme le beau de tout à l’heure, plutôt comme les filaments blancs et glissants dans l’escalier qui menait au souterrain du grimoire sur l’île.

En direction du reflet ils découvrent à une demie lieue un moulin à vent dont les pâles sont en ruine mais la toiture d’un blanc lisse et brillant.

Frédérick : On dirait que ce moulin est en piteux état.

Arthur : La partie en pierre a l’air solide. Ce toit blanc est pour le moins insolite.

La Dame : Le chapeau de ce bâtiment est tellement lisse et brillant qu’on le croirait humide.
Bertrand : J’ai déjà vu des murs et des toits blancs presque aussi immaculés, dans les pays du sud où il fait très chaud et où ée soleil tape fort. Des surfaces de chaux, ou blanchies à la chaux.
Ils s’approchent. La porte est en vue.
Philippe : Les gonds ont l’air très rouillés, l’humidité n’a pas été tendre avec cet acier. Je vais les graisser avec un morceau de couenne.
Après quelques manipulations avec l’aide de Frederick et Arthur, pendant que Bertrand et la Dame font le tour de la construction. La porte s’ouvre en grinçant.
La Dame : Je viens de faire un tour d’horizon, pas vu de fumée, de mouvement, ni entendu de bruits autres que nous, nos chevaux et le vent dans les arbres. Il y a cette odeur de champignons, qui est assez forte.
En faisant le tour du moulin, ils voient une rivière en bas de la petite colline. Ils descendent tous les deux. La Dame se penche pour goûter l’eau et voit quelques têtards s’enfuir.

La Dame : L’eau me paraît bonne. Ils y a de petits animaux dedans, ceux ci n’ont pas quitté la région et ne sont pas morts de maladie, ou dévorés.
Bertrand : On pourrait penser que cette région est abandonnée par tout ce qui bouge, à part les têtards. Nous sommes sur une colline, il y a sûrement un village en contrebas. On devine l’amorce d’un chemin au pied du moulin qui se perd entre deux talus dans des ronces hautes comme un homme à cheval. Pourtant la toiture a l’air toute neuve. Ce chemin est abandonné depuis une ou plusieurs belles saisons, peut être deux ans au minimum.
Philippe : Venez, la porte est ouverte. Installons nos chevaux à l’abri du vent à l’est du moulin, c’est un peu en pente mais très herbeux. Nous attacherons les longes de nos montures sur une corde commune.
En quelques minutes les animaux sont installés.

La Dame : Il y a une rivière en contre bas coté sud-est.
Philippe : Il y a une auge en pierre au pied du moulin, je vais la remplir d’eau pour les chevaux.
Bertrand : Déposons tous nos équipements au pied du moulin, nous allons l’explorer c’est un lieu inconnu qui peut être dangereux.
Arthur : Avec tout ce qu’on a déjà connu d’étrange et dangereux, je propose de nous équiper au grand complet comme pour le combat.
Philippe : J’ai nettoyé l’auge qui était moussue, preuve qu’elle n’a pas servie depuis longtemps. J’ai mis huit seaux, nos étalons ont grand soif. Volpino remue les oreilles et renifle, comme si il se méfiait de quelque chose. Il faudra les abreuver à nouveau avant la nuit. Je n’ai pas trop donné à boire tout de suite car l’eau est très fraîche et à trop boire ils pourraient souffrir de la panse.
Philippe s’équipe à son tour.
Arthur : Partageons à boire et à manger avant de rentrer à l’intérieur. On a bien fait de laisser ouvert un certain temps, l’odeur est vraiment désagréable à l’intérieur.
Bertrand : J’espère que les étages supérieurs seront habitables. Par mesure de prudence, mettons chacun un linge devant nos bouches et nos nez. Les moisissures peuvent affaiblir même les plus solides des héros. Le fait qu’il n’y a plus de grosse ni de petite bête, peut nous donner l’envie de nous méfier.

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